Yoga, vers le lâcher-prise

Dans votre pratique du Yoga, de la Méditation, ou dans vos lectures sur le thème du bien-être vous entendrez ou lirez souvent, de façon un peu maladroite, ou simplement par soucis d’aller à l’essentiel que ce qui est important c’est de lâcher-prise.
Dit comme ça, cela peut sembler très simple, sauf que s’il est bien quelque chose que nous ne pouvons obtenir sur commande, c’est bien le lâcher-prise. Plus nous le recherchons, plus il s’éloigne, le vile gredin !

C’est pour cette raison que pour avancer sur le chemin du lâcher-prise,expérimenter son opposé, le contrôle, est la meilleure, je dirais même la seule des options…
L’esprit, tel un enfant en pleine phase d’opposition, s’énerve lorsque nous lui demandons de s’apaiser. Suggérons-lui donc intelligemment de se contrôler pour que, de lui-même, il choisisse l’opposé. Ne soyons surtout pas impatient,au risque que cela prenne du temps. N’attendons rien, sinon rien n’arrivera. Ne cherchons rien, de peur de nous y perdre.
Ce voyage vers le lâcher-prise est un long périple en terres inconnues où l’inconfort est bien souvent de mise et dans lequel, il faut paradoxalement accepter d’emprunter un sentier qui semble mener à l’opposé de ce voyage tant désiré.

Le Hatha-Yoga est une pratique dans laquelle la prise de posture juste, le souffle et le contrôle du mentale tiennent une place de choix. Mais où est le lâcher-prise là-dedans ? La bonne réponse serait très certainement : nul-part… En tout cas pas au début.
En effet, il faut s’armer de patience, le corps doit emmagasiner des informations pour entrer plus agréablement en posture et savourer leur maintien, avant que le charme du bien-être et du lâcher-prise n’opère… Eh oui, le Yoga c’est comme le reste : d’abord nous apprenons et ensuite nous savourons !

Le codificateur du Hatha-Yoga, Patanjali,a considéré que la voix du Yoga comporte 8 étapes, 8 membres, les voici :

1) Yama, les règles de vie envers autrui
2) Niyama, les règles de vie envers soi
3) Asâna, la posture
4) Pranâyâma, le contrôle du souffle
5) Pratyâhâra, le retournement des sens
6) Dharâna, la concentration
7) Dhyâna, la méditation
8) Samâdhi, l’arrêt des fluctuations du mental.

L’étape ultime du voyage, Samadhi, serait donc l’état que nous recherchons. L’état où les pensées ne peuvent plus venir nous troubler. Pour l’atteindre, il nous faut avoir assimilé les 7 autres membres, dont Dhyana, la méditation.Pour maîtriser Dhyana, il faut être à l’aise en Dharana, la concentration. C’est d’ailleurs ce que nous travaillons lors des méditations guidées, la concentration et non la méditation, car comme le lâcher-prise, elle ne peut être induite par la force de la volonté, c’est un état de laisser faire, advenir et être.
Le pranâyâma est là pour aider à calmer le mental, aidant ainsi à la concentration. C’est donc en passant par le corps et les postures, le souffle et les pranâyâma, la concentration puis la méditation que nous avançons sur le chemin du lâcher-prise. Lâcher-prise demande donc une certaine technique, et la technique ça s’apprend !

La voix du Yoga nous permet de nous recentrer, d’accepter et de reconnaître que nous sommes traversés par de perpétuelles contradictions et que cela fait partie de notre nature. Le lâcher-prise serait donc cette capacité à nous placer en tant que témoin, drashtu, de notre corps et de ce qui le traverse dans l’instant, ici et maintenant. Lâcher prise serait donc être pleinement conscient et bienveillant à la fois.

Dans la pratique du Yoga, le lâcher-prise est une conséquence de la pratique. En effet, je dois admettre pour ma part que je ne me sens pas au summum du lâcher-prise quand je suis dans la posture du danseur Natarajasana, sur un pied, le corps penché en avant, le pied pressant la main, la main tenant fermement le pied et la respiration guidée ! Honnêtement allongée dans mon canapé, je me sens nettement plus confortablement installée ! 😉 Cependant au moment où je relâche la posture, là, pendant quelques instants : je lâche prise. Pas seulement au sens propre, évidement j’ai lâché mon pied et la posture bien sûr, mais je suis dans le ressenti, j’habite mon corps, je suis dans l’observation de chaque sensation, à l’écoute de mon expérience.« Une jambe me semble plus encrée que l’autre, quelques picotements remontent le long de ma jambe de terre, la chaleur se diffuse dans mon corps et j’ai parfois une petite sensation d’étourdissement. » Là, à cet instant précis, je suis le témoin de mon corps vivant qui respire et ressent. Le Yoga nous met donc dans les meilleures conditions pour permettre au corps et au mental d’expérimenter le lâcher-prise.

Il serait donc très certainement judicieux de cesser de refuser la nouveauté, l’inhabituel sous prétexte d’inconfort, mais tel un journaliste de sa propre vie de noter notre ressenti et nos sensations tout en continuant à traverser notre propre histoire.
Au quotidien, lorsque nous sommes dans l’action ou que l’ennui nous guette, pourquoi ne pas prendre un peu de recul pour s’observer ?
Plaçons-nous en observateur de la Vie, de notre vie, des émotions et pensées qui nous traversent. Là, nous pourrons toucher du doigt le lâcher-prise en offrant à nos expériences un espace où exister, être accueilli et reconnu, juste pour ceux qu’elles sont : là.